Benoit Vidal

Charles Darwin et les API

03 March 2011 0

Comment le web de données change-t-il la nature du business ?

Les synergies entre science du vivant et internet sont fascinantes. L'été dernier à San Francisco, Sam Ramji a exposé une analogie entre la théorie de l'évolution de Darwin et l'apparition des API, et c'est particulièrement intéressant face aux enjeux que soulève la dynamique du web.



Comment une entreprise doit-elle s'adapter face aux pressions de son environnement représentées par le triangle social-mobile-cloud ?

Une entreprise peut être bien adaptée au web, mais l'est-elle au mobile ? Les usages sont-ils les mêmes sur les différents supports (tablettes, objets connectés, etc), faut-il le même positionnement ? Quid de la dimension sociale ?


Aujourd'hui, les consommateurs ont des intérêts de plus en plus fragmentés, les marchés deviennent de plus en plus spécialisés et différents sur bien des aspects. Ils sont en train de changer si vite qu'on ne peut pas perdre son temps à définir la taille du marché, définir le focus, un planning, développer, lancer, mesurer, maintenir. La niche sur laquelle le positionnement semblait le plus pertinent a peut-être déjà disparu ou fondamentalement changé. Et la probabilité de l'échec face à ces nouvelles stratégies est trop importante.


Devant ce constat, il existe une solution simple, celle d'encourager ces actions à l'extérieur de l’entreprise, là où les coûts de structure sont moindres et où la rapidité d'adoption des nouveautés est en phase avec le rythme d'évolution du marché. Il s'agit ensuite d'être prêt à récompenser ou à acquérir la poule aux oeufs d'or, cette nouvelle application, ce nouvel usage. C'est peut-être difficile à admettre pour de grandes structures, mais miser sur les développeurs extérieurs pour innover est sans doute le meilleur placement qu'il soit. Pour cela, il faut leur mettre à disposition des données à travers une API. Les développeurs doivent pouvoir reprendre et mixer les données qui émanent d’une organisation. Ils vont désormais s’asseoir entre les données et les consommateurs, là où s'inventent de nouveaux usages. Ils sont le retail store, apportant à la fois ravitaillement, adaptation et souplesse.

 

Data is the new business model


Revigorer son business model grâce à l'ouverture des données est la première chose à faire. Que ce soit le catalogue de produits, les préférences des utilisateurs, leurs interactions, l'historique de leurs achats, les algorithmes de recommandation, les données géolocalisées ou que sais-je encore, etc. Toutes ces données ont de la valeur. Il s'agit de la mettre à jour, d'apprendre à la mesurer et d’apprendre à maîtriser les effets de levier qu’elle peut amorcer.

Mettre à disposition les données ne suffit pas. Il faut aider, soutenir les personnes qui donneront du sens à ces données. En cela, la conception d'une API demande la plus grande attention. Elle doit être cohérente, simple, améliorative, avec une vraie documentation concise, logique et munie d'exemples.


Le travail d'ouverture des données aide aussi à y voir plus clair dans son propre business, à asseoir une marque, à faire des économies.

L'exemple de twitter est toujours le plus repris. En construisant un écosystème autour de son API, twitter a accéléré son cycle d’innovation, assis sa marque et solidifié ses relations avec ses power users. Il a même bouclé la boucle en utilisant en interne sa propre API pour faciliter leur travail. Sur le même principe que le DRY bien connu des développeurs (Don't Repeat Yourself), on peut soit-même utiliser sa propre API pour construire ses différentes interfaces sur chaque device (COPE : Create Once and Publish Everywhere).




Data as a Service


Il est difficile de chiffrer le nombre d'API disponibles aujourd'hui (30 000 ou plus ?). Le nombre ne fait qu'augmenter. Les Data Marketplaces, plateformes remplies de données pour que les développeurs et les éditeurs conçoivent des applications, sont de plus en plus nombreuses. Peut-être que le prochain Google se trouve du côté d'Infochimps ou autre Factual, car les structures proposant des API augmentent de plus en plus et recherchent l’attention et l’adoption de leur API par les développeurs, qui eux-mêmes aimeraient sûrement un moteur de recherche des API. C’est entre autres ici que le web sémantique a une belle opportunité.

 

L'autre preuve de l'économie émergente des API, c'est l'apparition d'entreprises telles que Apigee, Mashery ou 3scale qui proposent l'analyse et la gestion d’une API. Ils sont des sortes de Google Analytics pour API et prouvent que la gestion de ces données tend à devenir une industrie à part entière.


D'autant plus qu'il est possible de combiner les données provenant de différentes sources, ce qui ouvre le champ des possibles de manière formidable. Quelles passerelles entre ces puits de données deviendront les réussites de demain ? Quels mashups emporteront l'adhésion des utilisateurs finaux ?

 

L'API ne représente pas seulement un bond technique, c'est aussi un bond économique face auquel les structures doivent élaborer des stratégies efficaces et ainsi ouvrir de nouveaux marchés capables d'innovation. Une entreprise peut s'approcher des capacités d'adaptation du vivant. Tout comme la richesse de notre code génétique réside dans l'infini diversité des formes auxquelles il peut donner naissance, la vraie valeur des API tient à la multiplication des usages et des services qu'elle rend possible. De là à comparer gènes et données, il n'y a qu'un pas. L'histoire a prouvé que les métissages font apparaître des variations fécondes et vivifiantes. De la même façon, les mashups qui utilisent des données de sources et de nature différentes ouvrent de riches opportunités.


Si l'envie vous en prend, vous pouvez lire l’article "Comment le web de données change-t-il la nature de la toile ?", auquel ce billet fait écho.

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